
Société
Une fois que l’IA nous aura remplacés dans nos jobs, que ferons-nous ?
Et si travailler devenait un choix plutôt qu’une nécessité ? À mesure que l’intelligence artificielle progresse, des métiers autrefois considérés comme difficiles à automatiser commencent à se transformer. Du développement informatique à la création de contenus, en passant par les tâches administratives, de nombreux secteurs sont concernés. Mais si les machines finissaient par accomplir une grande partie de notre travail, comment organiserions-nous nos journées, notre économie et notre société ?
La fin du travail humain est-elle vraiment envisageable ?
L’intelligence artificielle transforme déjà le marché de l’emploi. Selon le Fonds monétaire international (FMI), près de 40 % des emplois mondiaux sont exposés à l’IA. Dans les économies avancées, cette proportion pourrait atteindre 60 %. Une exposition qui ne signifie toutefois pas une disparition automatique des postes : certains métiers pourraient être remplacés, tandis que d’autres seraient profondément transformés grâce à l’automatisation de certaines tâches.
L’Organisation internationale du travail (OIT) estime ainsi qu’un emploi sur quatre dans le monde présente un certain degré d’exposition à l’IA générative. Elle considère cependant que la transformation des métiers reste plus probable que leur suppression complète. Mais à mesure que les systèmes gagnent en autonomie, une question se pose : que se passerait-il si les intelligences artificielles devenaient capables d’accomplir non seulement des tâches isolées, mais l’ensemble des missions qui constituent aujourd’hui une profession ?
Des métiers supprimés, mais aussi de nouvelles activités
Les grandes révolutions technologiques ont régulièrement bouleversé le marché du travail. L’industrialisation a automatisé de nombreuses activités manuelles, tandis que l’informatique a transformé les métiers administratifs et les services. L’intelligence artificielle pourrait prolonger ce mouvement, avec une particularité : elle concerne également les professions intellectuelles et créatives.
Selon le rapport Future of Jobs 2025 du Forum économique mondial, les grandes transformations économiques et technologiques pourraient entraîner la création de 170 millions d’emplois d’ici 2030, parallèlement à la disparition de 92 millions d’autres. Ces projections ne concernent pas uniquement l’IA, mais prennent également en compte les évolutions démographiques, économiques et environnementales.
De nouvelles professions pourraient apparaître autour de la supervision des systèmes, de la recherche, de la cybersécurité ou de l’accompagnement humain. Mais rien ne garantit que ces nouveaux emplois seront accessibles aux personnes dont les métiers auront disparu. La transition pourrait nécessiter d’importants efforts de formation et d’adaptation.
Travailler moins pour vivre davantage ?
Si l’intelligence artificielle permettait de produire autant, voire davantage, avec moins de travail humain, une autre possibilité pourrait émerger : réduire le temps consacré à l’activité professionnelle. La semaine de quatre jours, la diminution des horaires ou le développement du temps partiel choisi pourraient devenir plus accessibles dans certains secteurs. Les individus disposeraient alors de davantage de temps pour leurs proches, leurs loisirs, leurs projets personnels ou leurs engagements associatifs.
Mais cette évolution dépendrait de la manière dont les gains de productivité seraient répartis. Une entreprise pourrait choisir de réduire le temps de travail de ses salariés tout en maintenant leur rémunération. Elle pourrait également utiliser l’automatisation pour diminuer ses effectifs et augmenter ses marges.
L’intelligence artificielle ne détermine donc pas, à elle seule, si nous travaillerons moins. Ce sont les choix économiques, sociaux et politiques qui décideront de la manière dont ses bénéfices seront partagés.
Comment gagner sa vie sans emploi ?
Dans une société où les machines réaliseraient une part importante de la production, une question deviendrait incontournable : comment les individus pourraient-ils conserver un revenu ? Aujourd’hui, le travail constitue la principale source de rémunération pour une grande partie de la population. Une diminution massive de l’emploi pourrait fragiliser ce modèle.
Plusieurs pistes sont régulièrement évoquées, notamment le revenu universel, la redistribution des gains de productivité ou de nouveaux mécanismes de taxation des bénéfices liés à l’automatisation. Le revenu universel consisterait à verser régulièrement une somme d’argent à chaque citoyen, indépendamment de sa situation professionnelle. Ses défenseurs y voient une possibilité de garantir une sécurité économique dans un monde où l’emploi deviendrait moins stable. Ses opposants soulignent notamment les difficultés de financement et les incertitudes concernant ses effets économiques.
Aucune solution ne fait aujourd’hui consensus. L’enjeu serait pourtant majeur : éviter qu’une richesse produite par des systèmes automatisés bénéficie uniquement aux organisations qui les possèdent.
Sans travail, comment donner du sens à nos vies ?
La disparition éventuelle d’une partie des emplois ne poserait pas seulement des questions financières. Le travail occupe une place centrale dans l’identité sociale : il structure nos journées, favorise les interactions et contribue souvent au sentiment d’utilité personnelle.
Que deviendrait cette relation si l’activité professionnelle cessait d’être une obligation économique ? Certains pourraient consacrer davantage de temps à l’art, à l’éducation, au sport, à la recherche ou à des projets entrepreneuriaux. D’autres pourraient éprouver des difficultés à retrouver les repères traditionnellement associés à une carrière.
Une société moins dépendante du travail devrait probablement repenser la place accordée aux activités non rémunérées. Prendre soin de ses proches, transmettre des connaissances, participer à la vie collective ou développer une passion pourraient bénéficier d’une reconnaissance plus importante. La valeur d’un individu ne serait alors plus nécessairement mesurée à travers sa profession ou sa productivité.
Une société libérée du travail ou profondément inégalitaire ?
L’automatisation pourrait ouvrir deux perspectives très différentes. Dans la première, les progrès technologiques permettraient de réduire les contraintes professionnelles et d’améliorer les conditions de vie d’une grande partie de la population. Dans la seconde, les bénéfices seraient concentrés entre les mains de quelques entreprises, tandis qu’une partie des travailleurs subirait une perte de revenus et de perspectives.
Ces scénarios ne sont pas inévitables. Ils dépendront notamment des politiques publiques, de l’accès à la formation, de la protection sociale et des mécanismes de redistribution. L’IA pourrait ainsi devenir un outil d’émancipation économique ou, au contraire, accentuer certaines inégalités existantes. La véritable transformation ne serait donc pas uniquement technologique, mais également sociale.
Le travail disparaîtra-t-il ou changera-t-il de sens ?
À ce jour, rien ne permet d’affirmer que l’intelligence artificielle remplacera un jour l’ensemble des travailleurs humains. Les études disponibles suggèrent surtout une transformation profonde des métiers, dont les conséquences varieront selon les secteurs et les pays. Mais imaginer une société où le travail deviendrait moins indispensable permet de poser une question fondamentale.
Depuis des générations, notre organisation économique repose largement sur l’échange entre temps de travail et rémunération. Si les machines prenaient progressivement en charge une part croissante de la production, ce modèle pourrait être remis en question. Nous pourrions alors gagner du temps, développer de nouvelles activités et repenser notre rapport à la réussite, à condition que cette liberté soit accessible au plus grand nombre.
Car la question ne serait peut-être plus de savoir ce que nous ferons lorsque les machines travailleront à notre place, mais comment nous choisirons de vivre dans un monde où travailler ne serait plus indispensable.
Sources :
Fonds monétaire international (FMI), L’IA transformera l’économie mondiale. Faisons en sorte que l’humanité y soit gagnante, janvier 2024.
Organisation internationale du travail (OIT), Intelligence artificielle générative et emploi : révision 2025, mai 2025.
Forum économique mondial, Future of Jobs Report 2025, janvier 2025.
À RETENIR
Le débat en trois points
L’IA pourrait transformer profondément l’emploi sans nécessairement le faire disparaître. Certains métiers seront automatisés, tandis que de nouvelles activités pourraient émerger, exigeant une adaptation des compétences.
La réduction du travail humain pourrait ouvrir la voie à une nouvelle organisation sociale. Temps libre, revenu universel et redistribution des gains de productivité pourraient devenir des questions centrales.
Le véritable enjeu sera le partage des bénéfices de l’automatisation. Une société moins dépendante du travail pourrait offrir davantage de liberté, mais également renforcer les inégalités si les richesses produites restaient concentrées.
Sujets :
Temps libre
Inégalités économiques
Avenir du travail
Automatisation des emplois
Revenu universel
L’AUTEUR
La rédaction du Ruisseau
La rédaction du Ruisseau analyse l’essor de l’intelligence artificielle générative et ses effets concrets sur le travail, les entreprises et la création.
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